Emeute des Gilets Jaunes dans les quartiers autour des Champs-Elysées - 1er décembre 2018

Une semaine après une émeute avec des barricades enflammées sur les Champs-Elysées, la plus belle avenue du monde était cette fois bouclée et il fallait subir fouille et contrôle d'identité pour y accéder. Elle est restée vide, mais des milliers de gilets jaunes avaient pourtant fait le déplacement pour leur troisième samedi à Paris.

Les premiers incidents ont eu lieu place de l'Etoile aux alentours de 9h. Rapidement, les premières barricades sont érigées et des groupes de gilets jaunes affrontent la police dans les avenues qui partent de l'Etoile: Hoche, Friedland, d'Iéna ou encore avenue Marceau.

En plus des canons à eau et d'un bulldozer, les forces de l'ordre sont équipées du nouveau modèle de lance-grenade de 40mm à barillet qui tire plus rapidement que le modèle classique à un coup. Des dizaines de policiers en civils sont également présents pour les interpellations. Un binôme observateur-tireur armé d'un fusil HK-G36 accompagne une compagnie de CRS.

Côté manifestants, pas grand-chose d'offensif à ramener car l'arme principale est le pavé. Par contre, par rapport à la semaine précédente, il y a plus casques (vélo, skate ou moto surtout), des masques contre le gaz portés par la majorité des manifestants, des lunettes et des gants.

Vers 14h, une manifestation du comité Justice pour Adama (Adama Traoré a été tué par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise en 2016) réunit des centaines de personnes. Les slogans contre les violences policières ou le capitalisme changent des Marseillaises ou des "Macron démission" et le cortège rassemble des milliers de personnes avenue de l'Opéra puis rue de Rivoli.

Plus tard, boulevard Malesherbes, un groupe de militants d'extrême-droite se fait sortir de la manif par des antifascistes. Parmi eux, Yvan Benedetti, chef pétainiste du PNF qui sera mis KO.

Boulevard Haussmann, une unité de police montée est repoussée, puis place Saint-Augustin, des affrontements durent avec une unité de CI. Une barricade est montée au milieu de la place sous un déluge de tirs de balles en caoutchouc par des policiers pourtant hors de distance des jets de pierre.

Avec l'aide de CRS et de Gendarmes mobiles, les forces de l'ordre reprennent le dessus. Nouvelles barricades boulevard Malesherbes où un chantier prend feu et des manifestants sortent des bouteilles de gaz qui menaçaient d'exploser. Les pompiers arrivent et, dans la confusion, se font gazer par les CRS. Une unité de CI poursuit un groupe jusqu'à la Madeleine vers 17h.

A l'Etoile, la situation s'est envenimée entre temps, depuis le début d'après-midi. Des voitures renversées font ainsi office de barricades dans certaines rues du quartier. Sur la place, à 17h30, d'un côté on pacifiquement lance des lanternes volantes en papier vers le ciel tandis que côté avenue de la Grande Armée une compagnie de CRS est repoussée rue de Tilsitt.

Vers 18h30, les forces de l'ordre dégagent la place de l'Etoile sous une pluie de gaz lacrymogène et avec des salves de grenades explosives GLI-F4. Avenue Kleber ou avenue Hoche, des véhicules sont en feu et des unités de police dispersent encore les manifestants dans les rues adjacentes.

Bilan: plusieurs supermarchés pillés (légèrement), de nombreuses banques et agences d'assurance aux vitres explosées, plus de 100 voitures brûlées, 133 blessés au total dont 23 côté forces de l'ordre selon la Préfecture. Le chiffre de manifestants blessés est en fait plus élevé: 162 manifestants blessés ont été pris en charge en hôpital à Paris ce jour-là selon l'AUPS (Association des Usagers et Personnels de Santé).

Près de 5000 policiers et gendarmes étaient présents sans compter les forces parisiennes (CI, CSI, BAC) mais comme la semaine précédente, plusieurs centaines gardaient la zone rouge (quartier de l'Elysée).

Sur la journée, plus de 12 000 grenades lacrymogènes auraient été tirées, 840 balles en caoutchouc ainsi que 1380 grenades de désencerclement (qui projette des éclats en caoutchouc).

Au total, 412 personnes ont été interpellées par la police dont 378 ont été placées en garde à vue. Ce bilan est nettement supérieur à celui de la mobilisation du 24 novembre. Selon la préfecture de police, les incidents avaient fait 24 blessés, dont 5 côté forces de l'ordre. 103 personnes avaient été interpellées, dont 101 placées en garde à vue.

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